Quelle IA choisir pour votre entreprise ?
Il existe de nombreux modèles d'IA, principalement américains et chinois, mais aussi français avec Mistral AI. Les classements changent à chaque nouvelle version ; le bon choix dépend de vos outils, de la confidentialité de vos données et du résultat sur vos propres tâches.
Le guide
À retenir
- La plupart des modèles viennent des États-Unis et de Chine ; en France, de Mistral AI.
- La confidentialité se règle à trois niveaux : l'offre entreprise de l'éditeur, le modèle utilisé chez un hébergeur que vous choisissez, ou un modèle installé sur vos propres serveurs.
- La suite bureautique en place pèse lourd : Copilot s'appuie sur Microsoft 365, Gemini sur Google Workspace.
- Entre deux modèles, le meilleur test reste vos propres tâches, notées par ceux qui font le travail.
- Le choix ne suffit pas : la formation et l'accompagnement des utilisateurs décident de l'adoption.
Les principaux modèles et assistants
Un modèle de langage (LLM) est le moteur. Un assistant est l'application qui permet de s'en servir : ChatGPT pour les modèles GPT d'OpenAI, par exemple. Les principaux acteurs :
- États-Unis. OpenAI (modèles GPT, assistant ChatGPT), Anthropic (Claude), Google (Gemini, intégré à Google Workspace), Meta (Llama) et xAI (Grok). Microsoft Copilot, anciennement Microsoft 365 Copilot, est intégré aux applications de Microsoft 365, de Word à Teams ; il s'appuie sur des modèles d'OpenAI et d'Anthropic.
- Chine. DeepSeek et Alibaba (modèles Qwen), qui publient des modèles en poids ouverts.
- France. Mistral AI, avec son assistant Vibe (anciennement Le Chat) et des modèles dont une partie est publiée en poids ouverts.
Un modèle en poids ouverts peut être téléchargé et exécuté sur les serveurs de son choix : c'est le cas des modèles de DeepSeek, de certains modèles de Mistral et de Qwen, de Llama, de Gemma (Google) et de gpt-oss (OpenAI). Les modèles les plus avancés d'OpenAI, d'Anthropic et de Google sont fermés : sauf exception, ils ne s'utilisent que par les services de leur éditeur et de ses partenaires cloud. Les principaux éditeurs ont aussi des offres pour entreprises (ChatGPT Business et Enterprise, Claude Team et Enterprise, Gemini dans Google Workspace, Microsoft Copilot, Vibe Team et Enterprise) : ce sont elles qu'il faut retenir pour un usage professionnel, plutôt que des comptes personnels (voir notre guide sur le shadow AI).
La confidentialité des données : trois niveaux
Choisir un modèle ne suffit pas : il faut aussi décider où il fonctionne et qui traite vos données. Héberger les données en Europe ne règle pas tout : pour la CNIL, une infrastructure opérée par un fournisseur non européen peut entraîner un transfert de données personnelles hors de l'Union, à encadrer en plus du contrat. Trois niveaux sont possibles, du plus simple au plus maîtrisé.
| Niveau | Où passent les données | Pour quels usages | Moyens à prévoir |
|---|---|---|---|
| 1. L'offre entreprise de l'éditeur | Chez l'éditeur, sous ses engagements contractuels. | Les usages courants : rédiger, résumer, analyser des documents qui ne sont pas sensibles. | Des licences, des réglages d'administration, la lecture du contrat. |
| 2. Le modèle chez un hébergeur choisi | Chez votre fournisseur cloud, dans la région ou la zone choisie. Avec Azure et Amazon Bedrock, l'éditeur du modèle ne les reçoit pas. | Les données sensibles, les applications sur mesure, l'intégration à vos outils internes. | Une équipe ou un prestataire pour construire l'application et l'administrer. |
| 3. Un modèle installé sur vos serveurs | Dans votre entreprise, ou dans votre cloud privé. | Les données les plus sensibles : secret des affaires, données de santé, documents stratégiques. | Des serveurs équipés de processeurs graphiques, leur exploitation, et un modèle parfois moins performant que les modèles fermés les plus avancés. |
Niveau 1 : l'offre entreprise de l'éditeur
Les offres pour entreprises donnent des comptes administrés par l'entreprise et un contrat de sous-traitance au sens de l'article 28 du RGPD. Leurs données ne servent pas, par défaut, à entraîner les modèles : ChatGPT Business et Enterprise, Claude Team et Enterprise, Microsoft Copilot (requêtes, réponses et données consultées), Gemini dans Google Workspace, Vibe Enterprise. Dans l'offre Vibe Team, c'est l'administrateur qui doit désactiver l'entraînement. Un compte personnel utilisé pour le travail échappe, lui, au contrôle de l'entreprise.
Copilot et Gemini ne montrent à un utilisateur que les contenus qu'il a le droit de consulter. Cette protection a un revers : un dossier partagé trop largement devient facile à trouver. Une revue des droits de partage, dans SharePoint par exemple, fait souvent partie du projet.
Le lieu de traitement varie d'une offre à l'autre et se vérifie au moment du choix :
- Mistral AI héberge par défaut les données de ses clients dans l'Union européenne ; certaines fonctions peuvent en transférer hors de l'Union, ce que l'offre Enterprise permet en partie de désactiver.
- Claude Team et Enterprise conservent les données de leurs clients aux États-Unis ; pour un traitement limité à l'Europe, Claude s'utilise par Amazon Bedrock ou Google Cloud (niveau 2).
- OpenAI propose pour son API une région européenne, où les données sont stockées et traitées, sous conditions d'éligibilité ; pour ChatGPT, les options de résidence des données dépendent de l'offre.
- Dans Microsoft Copilot, les modèles d'OpenAI sont inclus dans l'engagement de Microsoft de traiter dans l'Union européenne et l'AELE les données de ses clients européens (EU Data Boundary), sauf exceptions listées par Microsoft. Ceux d'Anthropic en sont exclus et désactivés par défaut pour ces clients, sauf dans Word, Excel et PowerPoint pour les locataires Microsoft 365 créés après le 25 mars 2026 : ils y sont activés par défaut, et traitent alors les données hors de l'Union. Pour les locataires plus anciens, le réglage se vérifie dans le centre d'administration.
Niveau 2 : le modèle chez un hébergeur choisi
Les mêmes modèles s'utilisent aussi chez les grands fournisseurs cloud, sous le contrat que vous avez déjà avec eux : le modèle et l'hébergeur sont alors découplés.
- Microsoft Azure (Microsoft Foundry) sert les modèles d'OpenAI. Les requêtes et les réponses ne sont pas transmises à OpenAI et ne servent pas à entraîner les modèles. Avec un déploiement régional, ou un déploiement « Data Zone » créé dans l'Union, elles sont traitées dans la zone choisie ; un déploiement « Global » peut les traiter dans n'importe quelle région.
- Amazon Bedrock sert notamment Claude, des modèles d'OpenAI, Mistral, Llama et DeepSeek. Les éditeurs des modèles n'ont accès ni aux requêtes ni aux réponses, qui ne servent pas à l'entraînement. Bedrock est disponible dans la région de Paris, mais le mode de traitement se choisit modèle par modèle : les modèles Claude récents peuvent y être limités aux régions européennes, certains modèles ne sont proposés qu'en traitement mondial, hors d'Europe possible, et d'autres ne sont pas servis à Paris.
- Google Cloud (Gemini Enterprise Agent Platform, anciennement Vertex AI) sert Gemini, Claude, Mistral et des modèles ouverts. Les données ne servent pas à l'entraînement sans accord du client ; pour une partie des modèles, dont Gemini Flash, Claude et Mistral, le traitement peut être limité à l'Union européenne.
- Des hébergeurs français servent des modèles ouverts depuis leurs centres de données en France : OVHcloud (AI Endpoints, à Gravelines) et Scaleway (Generative APIs, à Paris), sans conservation ni réutilisation des requêtes.
Ce niveau permet de changer de modèle sans changer d'hébergeur, et de garder les données dans un environnement que votre DSI administre déjà. L'application qui s'en sert est construite par vos équipes ou par un prestataire.
Niveau 3 : un modèle installé sur vos propres serveurs
Pour les données les plus sensibles, un modèle ouvert peut tourner sur vos serveurs : les données restent dans l'entreprise, et aucune réutilisation par l'éditeur n'est possible. Pour un usage qui implique des données personnelles de clients ou de collaborateurs, ou des documents sensibles ou stratégiques, la CNIL estime qu'« il semble généralement plus opportun et plus sécurisé » de privilégier un déploiement sur site. Elle reconnaît aussi qu'un hébergement distant est souvent plus aisé, à condition de l'encadrer par un contrat de sous-traitance avec l'hébergeur et, le cas échéant, avec le fournisseur du système d'IA.
Certains éditeurs installent aussi leur offre chez le client : Mistral AI propose Vibe sur vos serveurs ou dans votre cloud privé, et Gemini existe dans une version installée sur site et déconnectée d'internet (Google Distributed Cloud). Ce niveau demande des serveurs adaptés et une équipe pour les exploiter. Un modèle ouvert n'est pas pour autant libre de toute condition : sa licence se lit avant de l'utiliser (voir les questions fréquentes).
Les trois niveaux se combinent souvent : une offre entreprise pour les usages courants, un modèle hébergé à part pour les traitements sensibles. Le choix se fait selon les données en jeu, avec votre DSI et, le cas échéant, votre délégué à la protection des données.
Les critères qui comptent
| Critère | Question à poser |
|---|---|
| Suite bureautique | L'assistant s'intègre-t-il à la messagerie, aux documents et aux réunions que vos équipes utilisent déjà ? |
| Confidentialité | Quel niveau vos données demandent-elles : offre entreprise, hébergeur choisi ou vos propres serveurs ? |
| Droits d'accès | L'assistant respecte-t-il les droits existants, et vos droits de partage sont-ils à jour ? |
| Administration | Les comptes sont-ils gérés par l'entreprise, avec authentification unique, rôles, journal d'activité et activation fonction par fonction ? |
| Connecteurs | L'assistant peut-il lire vos outils métier (gestion, CRM, base documentaire), et la DSI peut-elle choisir lesquels ? |
| Contrat | Le contrat de sous-traitance (article 28 du RGPD) précise-t-il les sous-traitants ultérieurs, le lieu de traitement et la réversibilité ? |
| Coût | Licences par utilisateur, ou facturation à l'usage chez un hébergeur ? |
| Résultats | Sur vos tâches réelles, quel modèle donne les résultats les plus justes, avec le moins de corrections ? |
Comment trancher entre deux modèles
Les classements publiés vieillissent vite : chaque nouvelle version déplace les écarts, et aucun ne dit comment un modèle se comporte sur votre activité. La méthode la plus sûre consiste à comparer les modèles candidats sur vos propres tâches :
- choisir une dizaine de tâches réelles et représentatives : une synthèse de contrat, une réponse à un client, l'analyse d'un tableau, la rédaction d'une note ;
- fixer pour chacune les critères d'un bon résultat, avec ceux qui font ce travail ;
- faire réaliser les tâches par chaque modèle, avec les mêmes instructions et les mêmes documents, sur des données autorisées et au niveau de confidentialité retenu ; refaire chaque tâche plusieurs fois, car les réponses varient d'un essai à l'autre ;
- faire noter les résultats par l'équipe sans lui dire quel modèle a produit quoi, puis croiser ces notes avec les critères d'administration, de confidentialité et de coût.
Le même test vaut entre deux assistants du marché, entre l'assistant intégré à votre suite et un autre, ou entre un modèle ouvert hébergé chez vous et un modèle fermé : il dit si l'écart de qualité justifie l'écart de confidentialité ou de coût.
Après le choix : déployer et accompagner
Sur le plan technique, chaque équipe reçoit un assistant configuré pour ses tâches, avec ses instructions et ses documents de référence ; les accès et les connecteurs sont fixés avec la DSI, une charte d'usage pose les règles, et un groupe pilote par métier précède la généralisation.
L'adoption se joue avec les utilisateurs, et la conduite du changement commence dès le choix :
- associer les futurs utilisateurs au choix des tâches et au test des modèles ;
- former chaque équipe sur ses propres dossiers, plutôt que sur des exemples génériques (le règlement européen sur l'IA demande d'ailleurs des mesures pour développer la maîtrise de l'IA de ceux qui l'utilisent) ;
- désigner dans chaque métier des référents qui aident leurs collègues et font remonter les difficultés ;
- accompagner les premières semaines : répondre aux questions, ajuster les réglages, partager les usages qui fonctionnent ;
- suivre l'usage réel (qui s'en sert, pour quelles tâches, avec quelles corrections) et adapter les instructions et la formation.
Les règles à poser dès le départ sont détaillées dans notre guide Intégrer l'IA en entreprise : par où commencer. Notre démarche de déploiement est décrite sur la page ChatGPT, Claude, Copilot en entreprise, et la conduite du changement sur la page Notre méthode.
Sources
- OpenAI, « ChatGPT Work cloud security », consultée le 5 octobre 2026 : developers.openai.com ; « Data controls in the OpenAI platform », consultée le 5 octobre 2026 : developers.openai.com ; fiche de gpt-oss-120b : huggingface.co.
- Anthropic, « Is my data used for model training? », mise à jour du 18 août 2026 : privacy.claude.com ; « Where are your servers located? Do you host your models on EU servers? », 15 juin 2026 : privacy.claude.com ; « Regional Compliance » : claude.com.
- Microsoft, « Data, Privacy, and Security for Microsoft Copilot », mise à jour du 18 août 2026 : learn.microsoft.com ; « Anthropic models in Microsoft Online Services », 18 septembre 2026 : learn.microsoft.com ; « Copilot in Microsoft 365 apps with Anthropic models », 3 septembre 2026 : learn.microsoft.com ; « OpenAI as a subprocessor in Microsoft Online Services », 30 septembre 2026 : learn.microsoft.com.
- Google, « Generative AI in Google Workspace Privacy Hub », mise à jour du 14 août 2026 : knowledge.workspace.google.com ; fiche de Gemma 4 : huggingface.co.
- Mistral AI, « Where do you store my data or my Organization's data? », 12 août 2026 : help.mistral.ai ; « Can I opt out of my input or output data being used for training? », 3 septembre 2026 : help.mistral.ai ; « Mistral Vibe (formerly Le Chat) », consultée le 5 octobre 2026 : mistral.ai.
- Microsoft, « Data, privacy, and security for Foundry Models sold by Azure in Microsoft Foundry », mise à jour du 19 mai 2026 : learn.microsoft.com.
- Amazon Web Services, « Data protection » (Amazon Bedrock), consultée le 5 octobre 2026 : docs.aws.amazon.com ; « Amazon Bedrock FAQs » : aws.amazon.com ; « Regional availability by models » : docs.aws.amazon.com.
- Google Cloud, « Data residency », mise à jour du 1er octobre 2026 : docs.cloud.google.com ; « Gemini Enterprise Agent Platform and zero data retention », mise à jour du 1er octobre 2026 : docs.cloud.google.com ; « Introducing Gemini Enterprise Agent Platform », 22 avril 2026 : cloud.google.com ; « Gemini is now available anywhere », 28 août 2025 : cloud.google.com.
- OVHcloud, « AI Endpoints - Features, Capabilities and Limitations », mise à jour du 3 février 2026 : docs.ovhcloud.com ; Scaleway, « Generative APIs », consultée le 5 octobre 2026 : scaleway.com.
- DeepSeek, « DeepSeek Privacy Policy », mise à jour du 10 février 2026 : cdn.deepseek.com ; Garante per la protezione dei dati personali, communiqué du 30 janvier 2025 : garanteprivacy.it.
- Meta, « Llama 4 Acceptable Use Policy » : dev.meta.ai ; Mistral AI, licence « Modified MIT » de Mistral Medium 3.5 : huggingface.co ; Qwen, « Qwen3.8-Max License » : huggingface.co.
- CNIL, « Les questions-réponses de la CNIL sur l'utilisation d'un système d'IA générative », 18 juillet 2024 : cnil.fr.
Questions fréquentes
Sur le choix d'une IA.
Peut-on utiliser plusieurs modèles dans la même entreprise ?
Oui, et c'est fréquent : l'assistant intégré à la suite bureautique pour les usages courants, un autre modèle pour des besoins précis comme l'analyse de longs documents ou les traitements sensibles. La règle est la même pour tous : des offres administrées par l'entreprise, au niveau de confidentialité qui convient aux données, couvertes par la charte d'usage.
Peut-on utiliser un modèle chinois en entreprise ?
Oui, à condition d'utiliser ses poids ouverts sur vos serveurs ou chez un hébergeur européen : les modèles de DeepSeek et certains modèles Qwen le permettent, et aucune donnée n'est alors transmise à leur éditeur. Les services en ligne de DeepSeek, eux, collectent et stockent les données personnelles de leurs utilisateurs en Chine ; en janvier 2025, l'autorité italienne de protection des données en a limité le traitement pour les utilisateurs italiens. Ces services en ligne sont à exclure pour des données professionnelles.
Un modèle ouvert est-il libre de toute condition ?
Non : chaque modèle a sa licence, à lire avant de l'utiliser. Beaucoup sont publiés sous des licences permissives (Apache 2.0, MIT), mais pas tous. Les droits sur les modèles multimodaux de Llama 4 ne sont pas accordés aux entreprises dont le principal établissement est dans l'Union européenne, sauf comme utilisatrices finales d'un produit qui les intègre. La licence « Modified MIT » de Mistral Medium 3.5 exclut les entreprises dont le chiffre d'affaires mensuel mondial consolidé du mois précédent dépasse 20 millions de dollars. La licence de certains modèles Qwen récents impose une licence séparée aux entreprises de plus de 50 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel qui en font un service commercial de modèle ou un assistant de programmation ou de bureautique ; l'usage interne n'est pas concerné.
Premier échange
Choisir sur vos propres tâches.
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